Mobilité internationale

Deux mois dans une pouponnière de Tananarive

Lucille a toujours été animée par la soif de l’aventure et du voyage. Lorsqu’elle a intégré l’Horizon et qu’elle a entendu parler des possibilités de stages à l’étranger, elle a tout de suite commencé à réfléchir à un projet.

Elle a commencé par passer en revue les pays où elle voulait tenter l’expérience. «Je souhaitais effectuer un stage d’immersion dans une culture totalement différente de la mienne pour voir comment aborder le développement de l’enfant, comment les choses se mettaient en place et aussi expérimenter le travail en équipe. Et justement, ma mère avait une amie et collègue d’origine malgache. J’avais lu également sur la passerelle internet des EJE des récits d’expériences sur Madagascar très intéressants. C’est donc la “Grande Ile” que j’ai choisie.»

Sur un plan pratique, Lucille a pu s’appuyer sur ces contacts malgaches pour trouver un point de chute à Tananarive. La famille de l’amie de sa mère propose de l’héberger et la met en contact avec un orphelinat pas trop éloigné qui accepte de la recevoir. Car l’une des conditions de la réalisation du projet était qu’elle puisse rejoindre chaque jour le centre en allant à pied sans craindre pour sa sécurité. Ce qui n’est pas toujours évident pour une jeune femme dans un pays aussi pauvre que Madagascar. A fortiori dans une ville de 2 millions d’habitants comme «Tana».
Sur ce point Lucille ne va pas être déçue. La pouponnière où débarque Lucie le 2 janvier compte une douzaine de petits enfants de 3 mois à 3 ans. 
Durant deux mois, chaque jour, elle va se lever à 5 h du matin. Après deux kilomètres de marche, elle arrive à 6h30 pour le réveil des bébés. Elle aide les nourrices, donne le bain, le biberon, s’occupe des enfants. Au départ, elle a dû se faire accepter des membres de l’équipe. «Certaines femmes ont craint que j’ai des réflexes de supériorité hérités de l’ancien colonisateur. En fait, elles ont vite été rassurées. Finalement, comme elles ne parlaient que malgache, on a pu communiquer avec les mains, c’est fou tout ce qu’on peut se passer comme messages…»



“Dans un pays comme Madagascar, il n’y a pas toutes les normes que l’on doit respecter en France. Par exemple, un jour il faisait si chaud que j’ai sorti une piscine gonflable dans le jardin pour les enfants. On les a mis tout nus et on les a baignés deux par deux. Ils étaient vraiment fous de joie. Jamais je n’aurais pu faire une telle chose en France. Au final je me suis rendue compte que ce que j’avais appris en France me servait totalement ici. Cela m’a permis de prendre confiance en moi. Et finalement, ce stage m’a énormément apporté. 
Quand on voit leur joie vivre et cette vitalité qu’ils ont en eux, et qu’on sait ce que certains ont enduré, c’est stupéfiant”. Au-delà de ce sentiment d’émerveillement devant la capacité de résilience de ces enfants, Lucille a été confrontée au cas d’un enfant qu’elle n’est pas prête d’oublier.
«C’était un enfant complètement passif qui se réfugiait dans le sommeil et qui ne répondait à aucun stimuli. Cela m’a fait tout de suite penser au syndrome de l’hospitalisme, une sorte de régression mentale que développent notamment des jeunes enfants séparés brusquement de leurs parents. Je me suis beaucoup occupée de cet enfant. A force de jouer, de lui parler, de l’appeler… on a réussi à l’éveiller, à faire qu’il s’ouvre au monde. C’était juste magnifique. Et si j’avais pu, je l’aurais adopté. Mais voilà, le plus dur a été de travailler la distance comme on me l’a apprise. Trois semaines avant mon départ, j’ai donc commencé à prendre du recul pour éviter que le petit ne s’accroche à moi. Quand j’ai su qu’il était heureux avec tous les membres de l’équipe et pas simplement avec moi. J’ai su que c’était gagné. »

Orphelinat Akany Avoko


Cet orphelinat était à l’origine un foyer pour jeunes filles en difficultés. 
Mais compte tenu de la pauvreté de Madagascar, il accueille désormais des jeunes de deux sexes en situation d’abondon mais également une pouponnière gérée par un service similaire à la protection de l’enfance en France. 
«Ces enfants ne sont pas «adoptables» ils sont simplement retirés à leurs familles. Mais l’orphelinat conserve toujours un lien avec les familles. Ce pays est tellement pauvre que bien des parents ne sont que dans la survie. Certains ne voient leur enfant comme un moyen d’existence, ils le vendent, ou le prostituent”. 
Quant aux jeunes mères, elles ont souvent été violées. Mais en dépit de cette misère, la volonté des équipes pédagogiques du Centre est de maintenir toujours le lien avec les parents et de leur faire prendre conscience qu’ils ont un enfant. Par rapport aux enfants, dont certains naissent sans certificat de naissance, le but de l’orphelinat est de les réinsérer au maximum dans la vie sociale. De les déclarer à l’état civil et de les scolariser. C’est-à-dire leur faire suivre un deuxième cycle scolaire ou une formation à un métier manuel. “Certains vont même jusqu’à l’Université. Mais en même temps, explique Lucille, l’institution prend bien soin de ne pas trop les couver, dans l’hypothèse où ils retourneraient chez leurs parents. Par exemple, ils n’ont pas accès à des toilettes, mais ils font leurs besoins dans un trou, des feuillées, comme ils le feraient chez eux”.