Mobilité internationale

Au Cambodge, dans une structure Petite enfance …

Karine Uhel, Cecilia Pires et Margot Chayot, trois étudiantes de l’Horizon ont monté ensemble leur projet de mobilité internationale. Leur choix s’est très vite porté sur l’Asie. Dès janvier 2011 des demandes de stages ont été envoyées en Thaïlande, au Vietnam et au Cambodge.
« Sur internet, nous avions repéré une structure petite enfance à Phnom Penh. Le directeur nous a tout de ensuite contacté mais nos formateurs n’étaient pas trop enthousiastes dans la mesure où ils considéraient qu’il n’y aurait pas suffisamment de dépaysement du côté des pratiques puisqu’il s’agissait d’une crèche maternelle francophone privée ». En effet la vocation d’un stage à l’international est bel et bien de découvrir d’autres pratiques professionnelles, d’autres pédagogies.


« Nous avons aussitôt rappelé le directeur de la crèche, poursuit Cecilia Pires, qui nous a alors parlé de l’association qu’il avait créée et qui récoltait des fonds pour l’ONG « Pour un sourire d’enfant » dont la vocation est d’assurer aux enfants vivant dans les décharges de Phnom Penh une scolarité jusqu’à l’université. Ce partenariat en était à ses débuts car le directeur avait du mal à trouver du personnel disponible pour se rendre dans les paillotes. C’est ainsi qu’il nous a proposé de travailler le matin dans sa crèche et l’après-midi dans les différentes paillotes de l’ONG. » « Etre au contact de ces deux publics avec des pratiques et une culture différentes étaient très prometteurs pour nous » ajoute Karine Uhel.

Deux lieux de stages différents donc et deux missions spécifiques assignées à nos trois éducatrices de jeunes enfants (EJE).

Du côté de la crèche francophone, la mission des étudiantes de l’Horizon était de proposer et développer des activités nouvelles pour les jeunes enfants. La première semaine a été consacrée à un temps d’observation du fonctionnement de la crèche. Cette structure accueille durant la journée à la fois des enfants expatriés européens et des enfants cambodgiens issus de familles aisées (avocats, médecins …).
« Chacune d’entre nous s’est axée sur un pôle d’observation » explique Cecilia. « Je me suis fixée sur les activités manuelles. J’ai remarqué que le matériel n’était pas adapté à l’âge des enfants. Ils découpaient des feuilles avec des ciseaux d’adulte et les animatrices demandaient aux enfants d’âge moyen (18 mois) de placer de petites gommettes dans des cercles, ce qui était difficile pour eux au niveau de leur motricité fine ».

Autre observation : les feuilles utilisées pour dessiner avaient un format trop réduit pour les bambins. « J’ai expliqué aux animatrices que plus les enfants étaient petits plus ils avaient besoin d’espace, et donc de liberté de mouvement pour peindre. J’ai alors suggéré de prendre une grande bâche pour que les enfants puissent dessiner ensemble. Ce n’était pas facile au début. Pour elles, le travail devant toujours être individuel et très joli. »
Même constat pour Karine : « Finalement, on a compris que les animatrices ne faisaient que répondre inconsciemment aux attentes des parents qui attendaient qu’on leur montre un joli travail fait par leur enfant. Et qu’importe si ce travail n’était pas le résultat d’une expression propre de l’enfant. » Il est vrai que dans la plupart des pays asiatiques, la culture héritée du confucianisme vise à la quête de la perfection. Ce qui ne va pas forcément de pair avec les dessins enfantins.
Margot, quant à elle, a été chargée de repenser l’espace véranda de la crèche. « Il me fallait repenser les différents « coins symboliques » : le coin cuisine, le coin déguisement, le coin garage. Il m’a fallu trouver des jeux accessibles à toutes tranches d’âges, fournir du matériel diversifié aux différents espaces pour les rendre plus complet. »
C’est ainsi que Margot a réaménagé le coin cuisine en achetant des fruits en plastique européen et asiatique. Idem pour le coin voitures. En reproduisant sur une toile cirée un plan de ville pour faire rouler les voitures.

Un sourire pour un enfant
L’après-midi Cecilia, Karine et Margot se rendaient en tuk-tuk (moto taxi local) dans les paillotes de l’ONG situées à la périphérie de Phnom Penh sur d’anciens sites de décharge. Objectifs assignés : développer le choix d’activités pour les mamans bénévoles en gardant l’emploi du temps déjà établis dans les lieux. « Nous venions avec toutes nos ressources, à nous de leur faire partager ce que nous avions appris » raconte Karine.

« Lorsque nous sommes allées dans les paillotes, il y avait très peu de moyens. Les enfants étaient soit assis sur des paillasses soit debout pour faire les activités sans table ni chaises. Ils avaient des temps de récréation comme à l’école. Une maman chantait une chanson et les enfants reprenaient le refrain. C’était intéressant de voir cette pratique. Car les enfants utilisaient leurs mains et leurs corps en chantant. Comme il y avait peu de jeux, ils faisaient tout en chanson » ajoute Margot.
« Nous étions surprises de voir des enfants de 2 ans assis en rond par terre sur des paillasses, avec une position particulière. Les petits sont habitués à la position assise, ce qui fait partie de leur culture et de leur éducation. Alors que pour nous, nous favorisons le développement moteur à cet âge. Demander à un enfant de rester ainsi assis toute la journée serait impossible en France ! » complète Karine.

Les trois jeunes EJE ont eu toute liberté de mouvement pour proposer des activités mais aussi acheter le matériel grâce aux fonds collectés au sein de l’association. Après il s’est agi pour les EJE de montrer concrètement aux mamans bénévoles comment préparer les activités.
« Nous avons trouvé des jouets rangés dans des caisses sous un tas de poussières », témoigne Karine. Nous leur avons expliqué comment les trier. Les mamans nous ont écouté attentivement mais le deuxième jour, tout était remis à l’état initial ». Les EJE ont ainsi refait le même travail de rangement pendant trois jours en réexpliquant la façon de procéder. « Nous devions à chaque fois argumenter. C’était toujours un peu délicat car nous devions respecter leur culture. Nous ne voulions pas être perçu comme les seules porteuses de savoir à cause de notre apprentissage l’école. Il est bien évident que l’expérience auprès des enfants est aussi importante que la théorie ».
Pour Margot « le but n’était pas d’imposer une vision européenne mais juste de compléter l’éventail des jeux que que les mamans pouvaient proposer. Ainsi, nous leur avons expliqué que les jouets étaient très importants pour le développement de l’enfant et qu’ils constituaient des repères dans la construction de l’enfant. Pour ce faire, chaque catégorie de jouet devait être rangé à une place particulière. On leur a également expliqué que les jouets ainsi rangés devaient être laissés à la disposition de l’enfant. Or, certains jouets étaient encore sous plastique ou très rarement sortis. Nous avons donc transmis aux mamans cette idée que l’enfant avait besoin de jouer pour son épanouissement. »


Pour réaliser les différentes activités proposées, les trois étudiantes discutaient à chaque fois avec chaque directeur ou directrice des paillotes. »Tout était simple. Lorsque nous avions besoin de matériel nous allions au marché à côté. Pas besoin de remplir des tas de papiers. C’est une véritable bouffée d’oxygène » explique Karine. Des propos complétés par Cecilia : « On achetait au jour le jour ce dont nous avions besoin. Et on faisait avec le budget. On a ainsi acheté beaucoup de terre pour les jeux de manipulation plutôt que de la pâte à modeler. On utilisait des morceaux de papiers déchirés pour faire les collages. Des ballons et des cerceaux pour la motricité. »
Une liberté également très appréciée par Margot. « A la crèche de la Mairie de Paris, vous devez choisir des jouets sur les catalogues, mais parfois ils ne sont plus disponibles. On ne peut pas utiliser de carton par rapport aux conditions de sécurité. Ici pas de contraintes. C’était très libérateur. C’était très profitable pour nous de pouvoir créer des choses par nous-même, observer les réactions des enfants et en tirer le bilan ».

Afin que toutes ces nouvelles activités soient bien mémorisées dans l’esprit des mamans bénévoles, les EJE ont réalisé des photos. « Chaque photo montrait une activité. On a relié chaque jeu à une activité en faisant écrire à côté en khmer en quoi ce jeu était bon pour le développement de l’enfant (manipulation, logique, lecture, motricité…). Ce n’était pas facile avec le barrage de la langue. Des animatrices francophones de la crèche du matin servaient de traductrices. » témoigne Margot.

Au Cambodge, nos trois EJE n’ont pas connu de contraintes quant aux normes d’hygiène et de sécurité. « Côté sécurité, nous étions très vigilantes car il y a beaucoup d’activités en plein air et nous étions toujours sur le qui vive. Dans les piscines où sont les petits, l’eau leur arrive plus haut que le buste. Au début nous étions vraiment surprises. Il n’y a pas non plus de norme au niveau de l’encadrement. Mais finalement nous avons compris qu’il fallait faire confiance aux enfants. Il n’y a pas plus d’accidents là-bas que chez nous », constate Karine qui poursuit : « J’ai appris durant ce séjour qu’on ne peut venir avec notre savoir et des idées préconçues. Ce n’est pas parce qu’on apprend des théories sur les enfants que nous sommes les meilleures. Il faut s’ouvrir sur les cultures  et apprendre des autres ».

Bilan ? Les trois étudiantes, une fois rentrées à la crèche de la Mairie de Paris avouent unanimement avoir mis du temps à se réadapter après ses deux mois cambodgiens. Le retour à la culture française avec toutes ses normes n’a pas été simple. « Cela fait un an que nous sommes parties. Personnellement je ne suis pas encore revenue » confesse Margot. Une chose est sûre : pour toutes les trois l’expérience a été très enrichissante.
Pour Margot ce stage a été particulièrement instructif au niveau du travail en équipe. « Jusqu’à présent je travaille comme apprentie. C’est la première fois que je travaillais avec deux collègues du même niveau que moi . Cela m’a appris à faire des concessions et à défendre mes idées. »
« Au quotidien souvent je me suis souvent sentie impuissante. Voir des touts petits errer dans les décharges c’est éprouvant. Et malgré tout, même si notre intervention peut ressembler à une goutte d’eau dans un océan, observe Karine, nous avons essayé de faire au mieux. Quand nous arrivions en tuk-tuk à l’ONG les enfants couraient pour nous accueillir. Nous ne sommes pas des mères Theresa mais le sourire de ces enfants était un bonheur. C’est fort émotionnellement. Ce fut réellement un déchirement de partir »
Même son de cloche du côté de Cecilia. « Je me sentais utile et surtout les gens étaient dans l’attente de ce que nous pouvions leur apporter. Voilà pourquoi, je recommande à ceux qui peuvent de partir ». A bon entendeur.
L’ONG « Pour un sourire d’enfant »
Établie depuis mai 1996 au Cambodge par Christian et Marie-France des Pallières, « Pour un Sourire d’Enfant » est une ONG dont les actions humanitaires soutiennent plus de 6.500 enfants parmi les plus pauvres à Phnom Penh notamment à travers différents programmes (nutrition, soins et aides médicales, protection, PMI, scolarisation et formation professionnelle de qualité), afin de les sortir complètement de la misère et de les conduire vers un vrai métier.
Ainsi afin d’inciter les parents à laisser leur enfant à l’école, un sac de riz leur est fourni en contrepartie. En cas d’absence de l’élève cette compensation leur est retirée.
http://www.pse.asso.fr/